Fed : taux inchangés sur fond d’incertitude
Ce mercredi, la Réserve fédérale américaine (Fed) a choisi de maintenir ses taux directeurs à niveau stable, préférant observer plutôt qu’agir dans un contexte économique troublé. La guerre commerciale entre les États-Unis et ses partenaires, enclenchée par Donald Trump, fait planer la menace de nouveaux droits de douane réciproques et risque de défavoriser l’économie Outre-Atlantique. La machine économique tient pour l’instant le cap, mais le climat instable se densifie.
Le spectre de la stagflation – cette combinaison redoutée de productivité molle et de hausse des prix tenace – se précise. La Fed a ainsi remis en cause ses projections à la baisse : elle prévoit désormais une croissance de seulement 1,7 % en 2025, contre 2,1 % espérés il y a encore quelques mois. L’inflation sous-jacente, elle, pourrait grimper à 2,8 %, et le chômage pourrait subir une légère augmentation. Une dynamique qui complique la tâche de Jerome Powell, président de la Fed, contraint de jouer les équilibristes : trop d’inaction risquerait de laisser l’inflation s’emballer, tandis qu’une baisse de taux précipitée pourrait affaiblir la crédibilité de l’institution.
Wall Street, de son côté, a préféré voir le verre à moitié plein. L’éventuelle poursuite des baisses de taux cette année a suffi à rassurer les investisseurs, propulsant le S&P 500 à +1,08 % et le Nasdaq à +1,4 %. Mais l’embellie pourrait être de courte durée. La trajectoire future des taux reste floue, et la Fed, plus soucieuse de l’inflation que du soutien à l’économie, ne se laissera pas dicter sa conduite par les marchés.
Allemagne : feu vert pour un plan de relance historique
Un tremblement de terre budgétaire secoue Berlin. Le Bundestag a donné son approbation à un plan d’investissement hors norme de 500 milliards d’euros sur douze ans, une révolution pour un pays longtemps attaché à la rigueur budgétaire. L’objectif ? Moderniser les infrastructures et accélérer le réarmement de l’Allemagne, dans ce que Friedrich Merz, futur chancelier conservateur, qualifie de « premier grand pas vers une nouvelle communauté européenne de défense ».
Derrière cette somme colossale, un autre tabou tombe : le frein à la dette, inscrit dans la Constitution depuis 2009, sera assoupli pour certaines dépenses, notamment celles liées à la défense, à la cybersécurité et à l’aide à l’Ukraine. L’enjeu est clair : doper l’investissement public sans faire exploser les finances de l’État. Pour rallier les Verts, 100 milliards d’euros du forfait seront consacrés à la protection du climat. Un pacte de raison qui a permis aux conservateurs, sociaux-démocrates et écologistes d’unir leurs voix pour atteindre la majorité des deux tiers nécessaires à cette réforme constitutionnelle.
Si l’Allemagne a donné le la dans le ralliement financier comme nullement auparavant, reste à voir si cette pluie d’investissements ne viendra pas, à terme, fragiliser l’équilibre budgétaire du pays : bien souvent, il ne suffit pas à éviter d'éventuels arbitrages difficiles.
Banque de France : premier bilan à pertes en plus de 20 ans
Coup de froid sur la Banque de France : pour la première fois depuis 2003, l’institution affiche une perte de 7,7 milliards d’euros en 2024. Une situation inhabituelle, mais largement anticipée. Déjà l’an dernier, la banque centrale avait dû puiser dans ses réserves pour équilibrer ses comptes. Cette fois, elle assume pleinement le déficit, conséquence directe des montagnes russes monétaires orchestrées par la Banque centrale européenne ces dernières années.
Retour en arrière : pour éviter une crise pendant le Covid, la Banque centrale européenne (BCE) et ses consœurs nationales ont inondé le marché de liquidités et acheté des obligations à tout-va. Puis, l’inflation galopante post-Ukraine a forcé une remontée express des taux. Résultat ? Les banques commerciales, qui déposent leur argent auprès de la Banque de France, ont été rémunérées à des niveaux record (jusqu’à 4 %), creusant les pertes de l’institution. Le problème est d’ailleurs européen : la BCE et la Bundesbank (banque centrale allemande) affichent, elles aussi, des pertes abyssales. Cependant, aucune raison de paniquer, car la Banque de France dispose d’un matelas confortable : entre ses fonds propres et ses 2 400 tonnes d’or, sa solidité financière reste intacte. Pour limiter la casse, elle a puisé 10,1 milliards dans son Fonds pour risques généraux et reportera le déficit sur ses futurs bénéfices. Mauvaise nouvelle pour l’État, néanmoins : il devra encore faire une croix sur les dividendes de la banque, qui lui ont rapporté 32 milliards depuis 2015.
Avec la baisse des taux de la BCE et la diminution des liquidités en excès, les pertes de la Banque de France devraient avoir atteint leur pic en 2024, et l’horizon pourrait largement s'éclaircir dans les mois à venir. Dès 2025, l’addition devrait être moins salée.
Les analyses et les opinions mentionnées dans le présent document représentent le point de vue de (des) l’auteur (s) référencé(s). Elles sont émises à la date indiquée, sont susceptibles de changer et ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle.
Sources :