Pierre Barral, Directeur de la gestion multi-actif, VEGA Investment Solutions
La France en grand besoin de stabilité politique
En 2025, l’évolution des marchés demeure soumise à plusieurs aléas. En France, d’abord, les épargnants devront surveiller de près l’évolution politique. L’absence de gouvernement durant de longues semaines a suscité une grande émotion dans le pays. Les marchés financiers ont de leur côté fait preuve de davantage de sang-froid, comme l’illustre la variation de l’écart de rendement entre les taux des emprunts d’Etat français et leurs équivalents allemands. Le fameux spread s’est écarté jusqu’à près de 90 points de base au pic des incertitudes avant de se stabiliser à un niveau élevé autour de 80-85 points de base (L’Écho, novembre 2024). L’écart ne devrait pas diminuer tant que les investisseurs n’auront pas plus de certitude sur la trajectoire des finances publiques françaises. L’hypothèse de l’éclatement soudain d’une crise financière paraît toutefois peu probable.
Une productivité à deux vitesses en Europe et aux États-Unis
Au-delà du cas français, c’est toute l’Europe qui devra se réveiller et accélérer sur l’innovation. En 2002, le Produit intérieur brut (PIB) de l’UE dépassait de de 4 % à celui des Etats-Unis ; il est aujourd’hui inférieur de 12 % (Portrait économique de la Commission européenne, août 2002). C’est essentiellement la différence de volume d’investissement des deux côtés de l’Atlantique qui explique ce décalage. Les fameuses « Sept magnifiques », du nom des grandes entreprises américaines de la Tech, monopolisent aujourd’hui l’essentiel des innovations, sources de productivité. Du côté de la Chine, les perspectives économiques demeurent grises, entre déflation et récession. Pékin devrait toutefois réagir à l’élection de Donald Trump, probablement par un nouveau programme de stimulus et d’assouplissement monétaire. Ce sont en tout cas les signaux qu’attendent les investisseurs avant de se positionner à nouveau sur le pays.
Conséquence de l'évolution économique mondiale sur les allocations
En termes d’allocation d’actifs, cet environnement encouragerait à renforcer les expositions au marché obligataire, notamment en Europe où la banque centrale semblerait être bien engagée pour poursuivre activement les baisses de taux afin de stimuler une croissance affaiblie. Les obligations souveraines permettraient de bénéficier de cette évolution des taux. Du côté des titres d’entreprises, les épargnants auraient intérêt de privilégier les obligations investment grade, au risque mesuré. Les obligations à haut rendement se présenteraient en revanche à éviter : leur rendement actuel ne rémunère pas suffisamment le risque. Pour le marché actions, un début de rotation des portefeuilles pourrait être envisagé. En 2024, les actions américaines ont connu une année de forte croissance et apparaissent désormais très bien valorisées. Il pourrait alors être opportun de revenir peu à peu sur les valeurs européennes. Elles devraient commencer dès le premier semestre à rattraper leur retard.
Les crypto-monnaies, un actif à privilégier ?
De nombreux épargnants se posent encore la question des cryptomonnaies qui font régulièrement la une de l’actualité depuis l’élection de Donald Trump. Les cryptos, dont les valorisations affichent des variations gigantesques, répondent toutefois davantage à la définition d’outils spéculatifs que d’actifs financiers. Dans la perspective de la constitution d’un patrimoine, l’or apparaît comme un placement nettement plus sûr, et aux perspectives solides cette année (Le Figaro, décembre 2024).
Les analyses et les opinions mentionnées représentent le point de vue de l’auteur. Elles ont été émises en janvier 2025 et sont susceptibles d’évoluer. Elles ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle. Les références à des valeurs mobilières, des secteurs ou des marchés spécifiques dans le présent document ne constituent en aucun cas un conseil en investissement, une recommandation ou une sollicitation d’achat ou de vente de valeurs mobilières, ou une offre de services. Tout investissement comporte des risques, y compris le risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.